Mutuelle d’entreprise : qui a le droit de refuser

Mutuelle collective · Dispenses

Mutuelle d’entreprise : qui a le droit de refuser

Un salarié vous annonce qu’il ne veut pas de la mutuelle de l’entreprise. Dans certains cas il peut l’imposer, dans d’autres il ne peut rien exiger, et dans tous les cas c’est vous qui portez le risque de redressement. Voici les cas de dispense prévus par les textes, celui que le salarié doit demander par écrit, et la preuve que vous devez conserver même après son départ.

📅 Octobre 2026  ⏱ 10 min  ✅ Rédigé par un courtier

L’adhésion est obligatoire, le refus est l’exception

Depuis le 1er janvier 2016, tout employeur du secteur privé doit proposer une couverture frais de santé à ses salariés et la financer à hauteur de 50 % au minimum. Cette couverture est collective, ce qui veut dire qu’elle s’applique à une catégorie objective de personnel, et obligatoire, ce qui veut dire que le salarié concerné y est affilié sans avoir à donner son accord.

C’est exactement cette double condition qui vous permet de ne pas payer de cotisations sociales sur votre part patronale. Si l’URSSAF estime que votre régime n’est plus réellement obligatoire, l’exonération tombe, et elle tombe pour l’ensemble du régime, pas seulement pour le salarié en cause. Une dispense accordée à la légère ne coûte donc pas une cotisation : elle met en jeu l’exonération de tout le dispositif.

1,5 à 3 ×
Le multiplicateur appliqué à l’assiette du redressement quand une dispense est mal justifiée
22,27 €
Montant de référence mensuel du versement santé en 2026
3 ans
La période que l’URSSAF peut reprendre lors d’un contrôle

Il existe deux familles de dispenses, et la confusion entre les deux est de très loin la première cause de redressement sur ce sujet. Les premières sont prévues par l’article D911-2 du code de la sécurité sociale : elles s’imposent à vous même si votre accord ou votre décision unilatérale n’en dit pas un mot. Les secondes figurent à l’article R242-1-6 : elles n’existent que si l’acte qui a mis en place le régime les a expressément prévues.

Autrement dit, quand un salarié vous demande une dispense, la première question n’est pas de savoir s’il a une bonne raison. C’est de savoir dans laquelle des deux listes sa situation se trouve.

Les quatre dispenses que le salarié peut imposer

Ces cas sont parfois appelés dispenses de droit, ou dispenses d’ordre public. Le salarié qui en relève peut refuser l’affiliation même si votre acte fondateur prévoit une adhésion sans exception, et vous ne pouvez pas la lui refuser. Elles ne concernent que les garanties frais de santé, pas la prévoyance.

Situation du salarié Justificatif à demander Durée de la dispense
Bénéficiaire de la complémentaire santé solidaire Attestation de droit à la complémentaire santé solidaire Jusqu’à la fin du droit
Déjà couvert par un contrat individuel frais de santé au moment de son embauche ou de la mise en place du régime Attestation de l’assureur avec la date d’échéance du contrat Jusqu’à l’échéance du contrat individuel
Couvert par ailleurs, y compris comme ayant droit, par un dispositif listé par arrêté : régime collectif obligatoire, régime local d’Alsace-Moselle, CAMIEG, mutuelle de la fonction publique, contrat Madelin Attestation annuelle de l’organisme, précisant le caractère du régime À justifier chaque année
Déjà présent dans l’entreprise lors d’une mise en place par décision unilatérale avec cotisation salariale Demande écrite du salarié Sans limite, tant qu’il reste dans la catégorie

Le dernier cas mérite une précision, parce qu’il est systématiquement mal compris. Il vient de l’article 11 de la loi Évin du 31 décembre 1989 : on ne peut pas imposer à un salarié déjà en poste de financer une couverture qu’il n’a pas choisie, lorsque le régime a été créé par une simple décision de l’employeur et que le salarié doit cotiser. En revanche, si vous financez la totalité de la cotisation, ou si le régime a été mis en place par accord collectif ou par référendum, cette dispense n’existe pas.

Une dispense ne se décide jamais côté employeur

Aucune de ces dispenses ne peut être accordée d’office, proposée dans un courrier type, ni suggérée à l’entretien d’embauche pour économiser une cotisation. L’initiative doit venir du salarié, par écrit. Une dispense que vous avez proposée vous-même est un manquement au caractère obligatoire du régime, et c’est exactement ce que l’inspecteur cherche.

Celles qui n’existent que si votre acte les prévoit

L’article R242-1-6 ouvre d’autres possibilités, mais à une condition : elles doivent être écrites noir sur blanc dans l’accord collectif, l’accord référendaire ou la décision unilatérale qui a institué le régime. Si l’acte est muet, la dispense n’existe pas, et le salarié qui ne s’affilie pas crée une irrégularité.

Cas prévu par le texte Condition exacte
CDD ou contrat de mission d’au moins 12 mois Le salarié justifie par écrit d’une couverture individuelle pour le même type de garanties
CDD ou contrat de mission de moins de 12 mois Aucune couverture individuelle à justifier
Temps partiel et apprentis L’adhésion le conduirait à payer une cotisation au moins égale à 10 % de sa rémunération brute

Le seuil de 10 % se calcule sur la seule part salariale de la cotisation, rapportée au brut du salarié concerné. Sur un régime où la part salariale est de 20 € par mois, il faut descendre sous 200 € de salaire brut mensuel pour l’atteindre : en pratique, ce cas ne concerne qu’un temps de travail très réduit.

Si vous relisez votre acte fondateur et que vous n’y trouvez aucune liste de dispenses, la correction est simple et vaut d’être faite tout de suite : un avenant ou une nouvelle décision unilatérale reprenant les cas de l’article R242-1-6 régularise la situation pour l’avenir. Elle ne rattrape pas le passé.

Contrats courts et temps très partiel : le versement santé

Pour les contrats les plus courts, le code de la sécurité sociale ne prévoit pas seulement une dispense : il prévoit une compensation financière. C’est le versement santé, que beaucoup d’employeurs connaissent encore sous le nom de chèque santé. Le salarié est dispensé d’affiliation et vous lui versez en contrepartie une somme destinée à financer sa couverture individuelle.

Deux portes d’entrée, et c’est ici que se niche la confusion la plus fréquente sur ce sujet : le seuil de 15 heures par semaine, que l’on voit souvent présenté comme un cas de dispense classique, appartient en réalité au versement santé et à lui seul.

Élément Règle 2026
Durée du contrat CDD ou contrat de mission de moins de 3 mois, ou couverture d’entreprise d’une durée inférieure à 3 mois
Ou durée du travail Moins de 15 heures par semaine
Justificatif obligatoire Attestation d’un contrat individuel frais de santé responsable couvrant la période
Montant de référence mensuel 22,27 € au régime général, 7,44 € au régime local d’Alsace-Moselle
Coefficient de majoration 125 % pour un CDD ou un contrat de mission, 105 % pour un CDI
Proratisation Au prorata des heures travaillées pour un temps partiel

Le salarié ne peut pas y prétendre s’il bénéficie de la complémentaire santé solidaire, d’une couverture collective obligatoire y compris comme ayant droit, ou d’une complémentaire financée par une collectivité publique. Et le versement santé n’est pas un choix de l’employeur : dès lors que le salarié remplit les conditions et apporte son attestation, il y a droit.

Le cas ayant droit et le piège des conventions non révisées

Le motif de dispense le plus utilisé est aussi celui qui a le plus bougé ces dernières années : le salarié déjà couvert comme ayant droit par le régime collectif de son conjoint, de son partenaire de PACS ou de son parent.

Pendant longtemps, l’URSSAF exigeait que cette couverture d’ayant droit soit elle-même obligatoire. Autrement dit, si le conjoint avait choisi d’étendre sa mutuelle à sa famille sans y être tenu, la dispense était refusée. La Cour de cassation a écarté cette lecture dans un arrêt du 7 juin 2023 : la dispense s’applique dès lors que le salarié est effectivement couvert à titre obligatoire par le régime, sans qu’il faille vérifier que l’extension aux ayants droit était elle-même imposée. La doctrine administrative a suivi.

Le piège est là. Beaucoup de conventions de branche et beaucoup de décisions unilatérales, rédigées avant cet arrêt, limitent encore la dispense aux ayants droit couverts à titre obligatoire. Si votre acte contient cette restriction, appliquer la lecture nouvelle à un salarié déjà en poste vous expose, puisque c’est l’acte qui fait foi pour les dispenses facultatives. La voie propre consiste à mettre l’acte à jour, par avenant ou par une décision unilatérale plus favorable, avant d’accorder la dispense.

Les trois questions à poser avant d’accorder une dispense

Première question : la situation du salarié figure-t-elle dans l’article D911-2, auquel cas elle s’impose, ou dans l’article R242-1-6, auquel cas il faut vérifier l’acte ? Deuxième question : ai-je la demande écrite du salarié, datée, signée, mentionnant le motif et le fait qu’il a été informé des conséquences de son choix ? Troisième question : ai-je le justificatif qui correspond au motif invoqué, avec l’organisme et la date de fin des droits quand elle est connue ? Si la réponse à l’une des trois est non, la dispense n’est pas sécurisée.

Ce que vous devez conserver, et jusqu’à quand

Une dispense valable sur le fond mais non documentée est traitée comme une absence de dispense. C’est le point sur lequel les contrôles se gagnent ou se perdent, et la jurisprudence récente est sans indulgence.

Dans un arrêt du 16 octobre 2025 (n° 23-16.350), la Cour de cassation a validé un redressement au motif que l’employeur ne pouvait pas produire la demande de dispense d’une salariée qui avait quitté l’entreprise avant le contrôle. Le départ du salarié n’efface pas l’obligation de preuve : le contrôle porte sur les trois années précédentes, donc sur des personnes qui ne font plus partie de l’effectif.

Concrètement, le dossier à constituer pour chaque salarié dispensé tient en trois pièces : la demande écrite du salarié, datée et signée, précisant le motif de dispense et mentionnant qu’il a été informé des conséquences de son choix, notamment l’absence de couverture financée par l’entreprise ; le justificatif correspondant au motif, avec le nom de l’organisme et la date de fin des droits ; et la confirmation annuelle que la situation n’a pas changé, pour les motifs qui l’exigent.

Ces pièces se conservent sans limitation utile de durée, et en tout cas bien après le départ du salarié. Un salarié dispensé en 2024 qui est parti en 2025 peut encore être examiné lors d’un contrôle en 2027.

Ce que coûte une dispense mal gérée

Depuis 2016, l’article L133-4-8 du code de la sécurité sociale permet à l’inspecteur de moduler le redressement au lieu de reprendre l’exonération sur la totalité du régime. Cette modulation n’est pas un droit acquis : c’est une dérogation, soumise à une condition que l’arrêt de la Cour de cassation du 1er février 2024 (n° 22-12.207) a rappelée fermement. L’employeur doit reconstituer les sommes en cause de manière probante. S’il ne le fait pas, le redressement reste assis sur l’ensemble des contributions patronales du régime.

Prenons une entreprise de 20 salariés qui finance 35 € par mois et par salarié, et un contrôle portant sur trois ans. Les contributions patronales du régime représentent 25 200 € sur la période. Deux salariés ont été dispensés sans demande écrite au dossier : les sommes qui font défaut pour eux s’élèvent à 2 520 €.

Situation constatée par l’inspecteur Assiette du redressement
Seul reproche : absence de demande de dispense ou de justificatif, sommes reconstituées 1,5 × 2 520 €, soit 3 780 €
Autre manquement, sans gravité particulière, sommes reconstituées 3 × 2 520 €, soit 7 560 €
Sommes non reconstituées de manière probante 25 200 €, soit la totalité des contributions patronales
Avantage personnel, discrimination, travail dissimulé, ou irrégularité déjà signalée lors d’un précédent contrôle 25 200 €, la modulation est écartée par la loi

Le redressement correspond aux cotisations sociales dues sur cette assiette. Deux conséquences pratiques, souvent découvertes trop tard. La première est que le rapport entre une négligence administrative et une mauvaise foi se joue sur un facteur sept dans cet exemple, et que ce facteur dépend uniquement de la qualité de votre dossier. La seconde est que la part salariale du redressement reste à votre charge : vous ne pouvez pas la réclamer aux salariés concernés, ni à ceux qui sont partis.

Un dernier point rassurant : le texte plafonne le redressement modulé au montant qu’aurait donné l’assujettissement de l’ensemble des contributions. Avec un coefficient de 3 et beaucoup de dispenses irrégulières, on atteint ce plafond, et la modulation ne sert plus à rien.

Le même raisonnement vaut pour la prévoyance

Les dispenses de l’article D911-2 ne couvrent que les frais de santé. Sur un régime de prévoyance collective, les dispenses sont toutes facultatives, et la seule question est de savoir ce que dit votre acte fondateur. Nous détaillons ce point sur notre page prévoyance collective d’entreprise.

Questions fréquentes

Un salarié peut-il refuser la mutuelle d’entreprise simplement parce qu’il n’en veut pas ?

Non. Le refus n’est possible que dans l’un des cas limitativement prévus par les textes, et à condition de le justifier. Un salarié qui n’entre dans aucun de ces cas doit être affilié, même contre son avis, et sa part salariale est prélevée sur son bulletin de paie. Si vous cédez à sa demande sans fondement, c’est votre régime qui perd son caractère obligatoire.

Un salarié dispensé peut-il changer d’avis et demander à être affilié ?

Oui. La dispense n’est jamais définitive, et le salarié peut renoncer à tout moment pour rejoindre le régime. L’inverse n’est pas vrai : un salarié affilié ne peut demander une dispense que s’il remplit les conditions d’un cas prévu, et aux moments prévus, c’est-à-dire en général à l’embauche, à la mise en place des garanties ou à la date d’effet de la couverture qui fonde sa dispense.

Faut-il renouveler la demande de dispense chaque année ?

Pour les motifs fondés sur une couverture extérieure, oui : le salarié doit confirmer chaque année que sa situation n’a pas changé, et refournir l’attestation. Pour les motifs liés à la nature du contrat, la pièce initiale suffit, mais il faut rester attentif aux changements de situation, par exemple un CDD transformé en CDI ou un temps partiel qui augmente.

Un salarié couvert par la mutuelle de son conjoint peut-il être dispensé si l’adhésion de la famille était facultative ?

Oui, depuis l’arrêt du 7 juin 2023, dès lors que le salarié est effectivement couvert à titre obligatoire par le régime collectif de son conjoint. Vérifiez cependant ce que dit votre convention de branche ou votre acte fondateur : s’il limite encore la dispense aux ayants droit couverts à titre obligatoire, mettez l’acte à jour avant d’accorder la dispense à un salarié déjà en poste.

Que risque-t-on à ne pas affilier un salarié qui n’a rien demandé ?

C’est le manquement le plus coûteux, parce qu’il ne relève pas de la simple absence de justificatif. L’assiette est alors multipliée par trois au mieux, et la totalité des contributions patronales du régime est reprise si vous ne reconstituez pas les sommes de manière probante ou si l’inspecteur retient un avantage personnel.

Le versement santé remplace-t-il la mutuelle d’entreprise pour les contrats courts ?

Il s’y substitue, pour les seuls salariés qui remplissent les conditions et qui apportent l’attestation d’un contrat individuel responsable. Il ne vous dispense pas de proposer le régime collectif, et le salarié éligible qui préfère être affilié peut l’être. Attention au calcul : le montant de référence est majoré de 125 % pour un CDD, et proratisé pour un temps partiel.

Nous découvrons que des dispenses sont mal documentées. Que faire maintenant ?

Reconstituez les dossiers manquants pour les salariés toujours présents, en leur faisant signer une demande conforme, et actualisez l’acte fondateur s’il ne liste pas les cas de l’article R242-1-6. Pour le passé, vous ne pouvez pas réécrire les pièces, mais vous pouvez préparer la reconstitution chiffrée des sommes en cause : c’est elle qui conditionne la base réduite si un contrôle intervient.

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Vos dispenses tiendraient-elles un contrôle ?

Nous relisons votre acte fondateur, nous comparons la liste de vos salariés dispensés avec les pièces réellement présentes au dossier, et nous vous disons où se trouvent les trous avant que l’inspecteur ne les trouve. Nous regardons aussi si votre contrat et son tarif sont encore cohérents avec votre effectif et votre convention collective.

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Pour aller plus loin sur la gestion de votre contrat collectif, nous avons détaillé l’indexation des contrats collectifs en 2027 et le calendrier des résiliations avant le 31 octobre. Notre page mutuelle collective d’entreprise présente notre accompagnement complet, de la mise en place à la gestion des affiliations.

Article rédigé par Insuneo, cabinet de courtage en assurances à Bordeaux, immatriculé à l’ORIAS sous le numéro 17007455. Information générale à jour au 23 octobre 2026, ne constituant pas un conseil personnalisé. Sources : articles D911-2, R242-1-6, L133-4-8 et L242-1 du code de la sécurité sociale, article 11 de la loi n° 89-1009 du 31 décembre 1989, arrêté du 8 janvier 2026 fixant le montant de référence du versement santé, Cour de cassation 7 juin 2023 n° 21-23.743, 1er février 2024 n° 22-12.207 et 16 octobre 2025 n° 23-16.350.

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