Mutuelle santé 2027 : pourquoi votre cotisation va encore augmenter
Les actuaires annoncent 8 % de hausse en moyenne. Entre la surtaxe prolongée d’un an, 1,5 milliard d’euros de remboursements transférés aux complémentaires et des franchises médicales relevées depuis le 1er octobre, voici ce qui est acté, ce qui ne l’est pas encore, et les trois leviers dont vous disposez avant janvier.
Ce qui est annoncé pour 2027
Les deux cabinets qui font référence sur le marché de la complémentaire santé ont publié leurs projections en septembre 2026. Addactis table sur une hausse médiane de 8,3 % sur les contrats individuels et de 8 % sur les contrats collectifs d’entreprise. Facts and Figures, qui n’étudie que l’individuel, retient une moyenne de 7 %. Les fourchettes relevées par les comparateurs vont de 4 à 10 % selon les organismes et les niveaux de garanties.
Pour un indépendant qui paie 120 € par mois, cela représente environ 120 € de plus sur l’année. Pour une famille à 220 € par mois, environ 220 €. Ce ne sont pas des hausses de rattrapage ponctuelles : elles s’ajoutent à celles de 2024 et de 2025, et elles ont des causes structurelles qu’il faut comprendre pour savoir sur quoi agir.
D’où vient vraiment la hausse
Trois mécanismes se cumulent, et aucun des trois ne dépend de votre consommation de soins.
Le transfert de charges. L’Assurance maladie rembourse moins, les complémentaires remboursent plus. Pour 2027, le glissement est chiffré à environ 1,5 milliard d’euros : il concerne principalement les soins dentaires, certains médicaments dont le service médical rendu est jugé faible ou modéré, et une partie des dispositifs médicaux. Mécaniquement, ce que l’assurance maladie cesse de prendre en charge se retrouve dans votre cotisation, pas dans vos impôts.
La fiscalité. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a créé une contribution exceptionnelle de 2,05 % sur les cotisations encaissées par les mutuelles, les assureurs et les institutions de prévoyance. Son coût pour le secteur est de l’ordre du milliard d’euros par an. L’article 12 du projet de loi de financement pour 2027 propose de la reconduire pour une année supplémentaire, avec un rendement attendu d’environ 1,1 milliard d’euros.
La dérive des dépenses. Vieillissement, inflation médicale, revalorisation des consultations : la dépense de santé progresse plus vite que les salaires. L’objectif national de dépenses d’assurance maladie fixé par le projet de budget pour 2027 progresse de 2 %, soit environ 5,5 milliards d’euros supplémentaires.
La surtaxe de 2,05 % sur votre cotisation
Une cotisation de complémentaire santé n’est pas taxée comme un produit ordinaire. Sur un contrat responsable et solidaire, celui que souscrivent plus de neuf assurés sur dix, s’applique déjà la taxe de solidarité additionnelle au taux de 13,27 %. La contribution exceptionnelle de 2,05 % vient s’y ajouter.
| Sur 100 € de cotisation | Montant |
|---|---|
| Cotisation hors taxe, qui finance vos remboursements | 100,00 € |
| Taxe de solidarité additionnelle (13,27 %) | 13,27 € |
| Contribution exceptionnelle (2,05 %) | 2,05 € |
| Total prélevé sur votre contrat | 115,32 € |
Autrement dit, pour 100 € de garanties, vous payez 15,32 € de prélèvements. C’est le point que la plupart des assurés ignorent quand ils comparent deux devis : une partie de l’écart entre deux tarifs n’a rien à voir avec la qualité des garanties.
Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 est en discussion au Parlement. Le texte peut être amendé, le taux abaissé, la contribution supprimée. Le vote définitif est attendu en décembre 2026. Les organismes, eux, construisent leurs tarifs de janvier dès maintenant : les appels de cotisation que vous recevrez en novembre et décembre anticiperont ce que le législateur n’a pas encore tranché.
Le gel de 2026 et la hausse que vous avez peut-être payée
Il faut revenir un instant sur l’année en cours, parce que beaucoup d’assurés et de chefs d’entreprise ignorent ce point. L’article 13 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 interdit aux organismes complémentaires d’augmenter leurs cotisations en 2026 au-delà du niveau de 2025. L’objectif affiché était d’empêcher que la contribution de 2,05 % soit répercutée immédiatement sur les assurés.
Dans les faits, de nombreux organismes ont tout de même envoyé des appels de cotisation en hausse en janvier 2026, en estimant le dispositif inapplicable et contraire à la Constitution. France Assureurs et la Mutualité Française ont porté le sujet devant le Conseil d’État, qui a transmis une question prioritaire de constitutionnalité au Conseil constitutionnel le 24 juillet 2026. La décision est attendue d’ici la fin du mois d’octobre 2026.
Trois issues sont possibles. Si le gel est validé, les hausses appliquées en 2026 sont illégales et les assurés concernés peuvent en demander la régularisation à leur organisme. S’il est censuré, les hausses deviennent rétroactivement licites et la question est close. S’il est validé avec réserves, chaque situation s’examinera au cas par cas.
Ressortez votre avis d’échéance de janvier 2026 et comparez-le à celui de janvier 2025. Si la cotisation a augmenté, écrivez à votre organisme pour demander l’application de l’article 13 de la loi de financement pour 2026 et la régularisation de la différence. La démarche ne coûte rien et ne vous engage à rien. Si la décision du Conseil constitutionnel vous donne raison, vous aurez déjà posé votre réclamation par écrit, avec une date.
Ce qui a déjà changé au 1er octobre 2026
Une partie de la facture ne passe pas par votre mutuelle : elle reste directement à votre charge. Le décret n° 2026-858 du 11 septembre 2026 a relevé, à compter du 1er octobre 2026, les plafonds annuels des franchises médicales et des participations forfaitaires.
| Reste à charge annuel | Avant | Depuis le 1er octobre 2026 |
|---|---|---|
| Franchises médicales (1 € par boîte de médicament ou acte paramédical, 4 € par transport) | 50 € | 70 € |
| Participations forfaitaires (2 € par consultation ou acte médical) | 50 € | 70 € |
| Total maximum par personne et par an | 100 € | 140 € |
Ces sommes ne sont remboursables ni par l’Assurance maladie, ni par votre complémentaire : aucun contrat, si haut de gamme soit-il, ne peut les prendre en charge. Les femmes enceintes à partir du sixième mois, les enfants et les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire en sont exonérés. Les personnes en affection de longue durée, en revanche, les paient comme les autres. À partir du 1er janvier 2028, ces deux plafonds seront revalorisés chaque année sur l’inflation.
Ce que ça donne sur une cotisation réelle
Trois situations courantes, sur la base d’une hausse de 8 %, le chiffre médian annoncé pour 2027.
| Situation | Cotisation 2026 | Estimation 2027 | Surcoût annuel |
|---|---|---|---|
| Indépendant seul, contrat individuel | 120 €/mois | 130 €/mois | 115 € |
| Famille, deux adultes et deux enfants | 220 €/mois | 238 €/mois | 211 € |
| Entreprise de 10 salariés, contrat collectif à 48 € par salarié | 5 760 €/an | 6 221 €/an | 461 €, dont 230 € à la charge de l’employeur |
Pour un travailleur non salarié, une partie de ce surcoût est amortie par la déduction fiscale si le contrat respecte le cadre de la loi Madelin. Nous détaillons les plafonds applicables dans notre article sur ce que vous pouvez vraiment déduire en 2026. Pour une entreprise, la hausse s’applique sur un contrat dont les garanties sont souvent imposées par la convention collective : c’est le sujet que nous traitons dans notre article sur l’indexation des contrats collectifs en 2027.
Vos trois leviers avant janvier
Premier levier : la résiliation à tout moment. Depuis la loi du 14 juillet 2019, un contrat de complémentaire santé individuel peut être résilié sans frais ni pénalité à tout moment une fois la première année écoulée, avec un préavis d’un mois. Vous n’avez aucun motif à justifier et le nouvel organisme peut se charger des formalités à votre place. Concrètement, recevoir un avis d’échéance en hausse en novembre ne vous enferme pas : vous pouvez changer en décembre, en février ou en juin.
Deuxième levier : l’échéance du contrat collectif. Pour un contrat d’entreprise à échéance au 31 décembre, la dénonciation suppose un préavis de deux mois, soit une décision prise avant le 31 octobre. Au-delà, le contrat se reconduit pour un an au tarif annoncé. Notre calendrier des résiliations avant le 31 octobre récapitule les délais par type de contrat.
Troisième levier : le niveau de garanties. C’est le plus négligé et souvent le plus efficace. Beaucoup de contrats remboursent des postes que l’assuré n’utilise jamais, en particulier des forfaits optique renouvelables que la réglementation limite déjà à un équipement tous les deux ans, ou des plafonds dentaires très élevés sans prothèse en vue. À l’inverse, nous voyons régulièrement des contrats sous-dimensionnés sur l’hospitalisation, le seul poste où un défaut de garantie coûte réellement cher. Réajuster les garanties aux besoins réels permet fréquemment d’absorber la hausse sans perte de couverture utile.
Sortir du cadre du contrat responsable pour trouver un tarif plus bas. Ces contrats existent et leurs prix sont séduisants, mais ils supportent une taxation de 20,27 % au lieu de 13,27 %, ils ne respectent pas les planchers de remboursement du cent pour cent santé, et ils laissent passer des dépassements d’honoraires qu’un contrat responsable encadre. L’économie apparente se paie au premier sinistre sérieux.
Questions fréquentes
Mon assureur a-t-il le droit d’augmenter ma cotisation en cours d’année ?
La révision tarifaire intervient normalement à l’échéance annuelle du contrat, le plus souvent le 1er janvier, et doit vous être notifiée par un avis d’échéance. Une hausse en cours d’année n’est possible que si le contrat le prévoit expressément, par exemple une indexation liée à votre âge ou à un indice. Pour 2026, l’article 13 de la loi de financement de la Sécurité sociale interdit par ailleurs toute augmentation par rapport à 2025, disposition actuellement examinée par le Conseil constitutionnel.
Puis-je résilier ma mutuelle à tout moment ?
Oui pour un contrat individuel de complémentaire santé, dès lors qu’il a plus d’un an. La résiliation est gratuite, sans motif à fournir, avec un préavis d’un mois, et le nouvel organisme peut effectuer la démarche pour vous afin d’éviter toute rupture de couverture. Pour un contrat collectif obligatoire d’entreprise, c’est l’employeur souscripteur qui résilie, à l’échéance et dans le respect du préavis prévu au contrat, généralement deux mois.
La surtaxe de 2,05 % est-elle définitive ?
Non. Elle a été créée pour la seule année 2026 et l’article 12 du projet de loi de financement pour 2027 propose de la prolonger d’un an. Le texte n’est pas voté : le Parlement peut en modifier le taux, en limiter la portée ou la supprimer. Le vote définitif est attendu en décembre 2026.
Ma mutuelle peut-elle me rembourser les franchises médicales ?
Non. Les franchises médicales et les participations forfaitaires, plafonnées depuis le 1er octobre 2026 à 70 € chacune, soit 140 € par personne et par an, ne sont remboursables ni par l’Assurance maladie ni par une complémentaire santé, quel que soit le niveau de garanties. Un contrat qui prétendrait les prendre en charge perdrait son caractère responsable.
Changer de mutuelle fait-il perdre mes droits en cours ?
En santé, il n’y a pas de notion d’ancienneté ouvrant des droits comme en prévoyance. Les points de vigilance sont ailleurs : les délais de carence éventuels du nouveau contrat, les plafonds annuels qui repartent de zéro en cours d’année civile chez certains organismes, et les soins déjà engagés, notamment un devis dentaire ou optique en cours. Un courtier vérifie ces trois points avant de vous faire signer.
Je suis travailleur non salarié : la hausse est-elle déductible ?
Si votre contrat respecte les conditions de la loi Madelin, les cotisations de santé et de prévoyance sont déductibles de votre bénéfice imposable dans la limite d’un plafond commun. La hausse de cotisation est donc partiellement amortie par l’économie d’impôt et de charges sociales, à hauteur de votre tranche marginale. Les micro-entrepreneurs, dont le bénéfice est calculé après abattement forfaitaire, ne peuvent rien déduire.
Votre cotisation augmente en janvier ?
Nous comparons plus de 40 assureurs, nous vérifions si la hausse qui vous est annoncée est justifiée, et nous regardons si vos garanties correspondent encore à ce que vous consommez réellement. Vous repartez avec un comparatif chiffré, même si vous ne changez rien.
Article rédigé par Insuneo, cabinet de courtage en assurances à Bordeaux, immatriculé à l’ORIAS sous le numéro 17007455. Information générale à jour au 9 octobre 2026, ne constituant pas un conseil personnalisé. Les dispositions du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 citées ici ne sont pas définitivement adoptées.